6
Partages
Pinterest Google+

Dans Hitch, expert en séduction, on trouve la théorie du 90-10. La demi-seconde de consentement c’est à peu près la même idée, sauf que ça ne s’applique pas qu’au fait de chopper. Dans Hitch l’idée c’est de dire que quand tu veux embrasser quelqu’un, tu fais 90% du chemin et tu lui laisses faire les 10% restants. Une idée qu’on aime bien à la rédaction, ça veut dire qu’au final tu fais bien le premier pas, mais que tu n’imposes pas tes lèvres à l’autre qui n’aura qu’un choix : te repousser à posteriori. Pourquoi la demi-seconde de consentement alors ?

  1. Construire la relation à deux
    En fait, si dès que l’impro démarre tu fonces sur l’autre et tu l’embrasses, alors que vous n’avez même pas créé de lien l’un avec l’autre, à quoi rime votre relation ? Ton partenaire ne peut pas ajuster son baiser, n’a mis aucune volonté dedans, il le subit complètement et se contente de la rendre par pure amabilité. Si tu arrives sur scène et que tu viens en dégageant toute la sensualité et l’amour que ton personnage a en lui, que tu te places à 10 centimètres de ton partenaire et que tu lui laisses le temps de te fournir une réaction, alors la relation sera juste. Ton partenaire te regarde l’air dégoûté ? Tu ne le touches pas. Ton partenaire te tourne le dos ? Tu oublies ton idée et tu passes à la suite. Ton partenaire t’embrasse ? Félicitations, vous étiez tous les deux consentants pour cette relation.
  2. Ce n’est pas pour rien que c’est une faute
    Si la rudesse excessive devait avoir une seule raison d’exister, c’est dans l’absence de consentement. Ce n’est pas parce qu’on impose aux improvisateurs de tout accepter qu’ils doivent réellement le faire. Alors certes, ils peuvent dire non, mais forcer quelqu’un à faire quelque chose qu’il ne souhaite pas juste en se disant que de toute façon « il ne pourra pas me mettre une gifle car ce serait sortir de l’impro », c’est juste abuser de l’autre. Oui oui, franchement.
  3. Le respect de l’autre
    Si ton partenaire et toi, vous vous mettez d’accord pour jouer une scène de viol et que vous acceptez l’un et l’autre d’être trash, d’utiliser la violence, d’être crus, charnels… Ok. On va dans le sens de l’histoire et surtout on accepte l’un et l’autre ce jeu. Il n’y a rien d’interdit en théâtre, tout est possible. Mais la limite des uns s’arrête à celle des autres, comme en dehors de la scène. Même plus qu’en dehors de la scène, car il y a exposition et mise en danger en étant face à un public.
  4. Tu vaux mieux que ça
    Tout ça vaut aussi pour l’échauffement. Profiter d’un massage tonique pour tripoter les seins de ta partenaire, sérieux ? Comme le type dans le métro qui se frotte à une fille parce qu’il n’a pas d’autre moyen pour évacuer sa frustration ? Mettre une main au paquet d’un garçon d’un coup pour affirmer ton pouvoir l’espace d’une impro, afin de s’attirer les rires et les faveurs du public, en oubliant la gêne que tu peux provoquer chez l’autre ? Insulter de tous les noms quelqu’un en lui hurlant dessus alors même qu’on n’est pas sûr qu’il a accepté de jouer cette impro avec nous, en se disant que si traumatisme il y a c’est de la faute de « celui qui est coincé », sérieusement ?
  5. Arrêter la culture du viol
    De manière plus profonde, c’est la culture du viol qu’on dénonce là. Parce que l’impro ne fait pas l’impasse sur le sujet, voire propage même souvent l’idée que c’est rigolo. Embrasser quelqu’un alors qu’il ne peut rien faire pour dire non, surtout un joueur débutant à qui on a appris de « dire oui à toutes les propositions ». Toucher son partenaire de manière intime parce que l’arbitre a réclamé une catégorie érotique ou pornographique et se cacher derrière le carton pour justifier son acte. Tout ça, ça suffit. Osons tout. Amusons-nous. Soyons rebelles, facétieux, désobéissants, gamins, mais soyons-le à deux. Jouons vite, assumons nos propositions fortes, mais laissons toujours à notre partenaire la demi-seconde qui lui est nécessaire pour nous donner son consentement.

Et toi, la demi-seconde de consentement tu la respectes ?


Commentaires Facebook

Article précédent

Du Kasàlà à Shakespeare, de l'intime au sublime

Article suivant

La Direction Artistique : 8 façons de faire