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L’écriture inclusive, on essaie chez Caucus de l’utiliser dans tous nos articles et toutes nos publications. Alors bien sûr, nos vieilles habitudes reviennent souvent au triple galop et si on ne se relit pas trois fois, il y a des boulettes. Mais on essaie de faire au mieux ! La question, c’est pourquoi l’utilise-t-on ?

C’est quoi, l’écriture inclusive ?

L’écriture inclusive est une forme d’écriture qui vise à un objectif simple : supprimer la règle de la supériorité du genre masculin en langue française. Tu sais, celle qui fait qu’on écrit « Un homme et cent femmes sont heureux de vous accueillir dans leurs locaux ». Ah. Ils sont heureux ? Lui tout seul ?

Ce qui est drôle, à propos de cette règle, c’est qu’elle n’a pas toujours existé, contrairement à ce que l’on pourrait croire. Jusqu’au 17ème siècle, on pouvait employer la règle de proximité (présente en latin) qui consistait à accorder l’adjectif avec le nom le plus proche qu’il qualifie. En reprenant notre exemple précédant :

  • Un homme et cent femmes sont heureuses de vous accueillir ou bien
  • Cent femmes et un homme sont heureux de vous accueillir

Aujourd’hui, on peut lui préférer la règle de l’accord de majorité, qui consiste à accorder les mots avec celui qui a le plus grand nombre :

  • Cent femmes et un homme sont heureuses de vous accueillir

Mais, mais, mais… Pourquoi faire ? On ne se prend pas la tête pour rien ?

Pourquoi utiliser l’écriture inclusive ?

Dès l’école, il nous a été enseigné que pour accorder les mots, c’était simple : « le masculin l’emporte sur le féminin ». Et si, dès maintenant, tu ne vois pas le problème, tu ne vas pas aimer la suite de cet article…

L’écriture inclusive, c’est clairement une action féministe. J’en entends certains s’alarmer « les femmes veulent encore castrer les hommes ». Rassure-toi Kevin, tes testicules vont très bien. Et si la virilité est ta seule raison d’être (et que tu penses qu’elle passe par tes organes génitaux), aïe aïe aïe… Mais pour revenir au sujet et faire simple : le féminisme consiste à vouloir l’égalité entre les femmes et les hommes. Le féminisme n’est pas la haine des hommes.

Bref, utiliser l’écriture inclusive, c’est un acte politique. J’en entends certains s’alarmer « encore de la politique ». Rassure-toi Brenda, tout est politique : ce que tu achètes, ce que tu manges, la façon dont tu t’épiles (ou pas), tout… Soit tu en as conscience, soit pas, mais le fait de ne pas en avoir conscience ne rend pas la chose moins politique.

Bref (le retour), l’écriture inclusive consiste à adapter son schéma de pensée pour décider de ne plus prioriser le masculin sur le féminin et chercher un système plus égalitaire.

Quel rapport avec l’impro ?

Déjà, parce qu’on a eu un micro-débat sur le groupe Improvisation France sur le sujet. Du coup, on avait envie de donner notre position sur ce point.

Pourquoi maintenant ? Parce qu’on se rend compte qu’il y a de vraies incompréhensions ou méconnaissances sur le sujet. Autant sur la manière de l’utiliser que sur ce que c’est. Certain•e•s ne savent sûrement même pas que ça existe (et du coup, viennent de se demander : mais bordel c’est quoi les points chelou qu’il y a au milieu de « certaines » ?).

Pour nous, l’improvisation c’est avant tout du théâtre. Et le théâtre, c’est probablement le lieu le plus politique qui puisse exister. On considère que cet art peut offrir une catharsis, donner envie de s’améliorer, inciter à se révolter, amener à songer… Bref, faire évoluer une société.

Trop souvent, parce que l’improvisation est perçue comme du divertissement, on oublie son aspect social. Or, que tu sois comédien•ne, coach, directeur•rice artistique, fondateur•rice d’une compagnie… Tu as un rôle à jouer (et pas juste celui que tu pourrais avoir sur scène).

Comment on fait ?

L’écriture inclusive comporte tout un tas de règles ET tout un tas de façons différentes de les appliquer. En voici quelques unes :

– Les formules englobantes : « les droits humains » (plutôt que « les droits de l’Homme »)
– La double flexion (ou doublet) : « celles et ceux »
– Les formes contractées d’écriture :
Via parenthèses : « comédien(ne) » ou « le(s) comédien(ne)s »
Via le point : « comédien.ne.s »
Via le point médian : « comédien•ne•s »
D’autres formes existent aussi comme le « / », le E majuscule ou le trait d’union, entre autres
– L’emploi de mots épicènes (pouvant désigner n’importe quel genre) :
Elèves du lycée plutôt que lycéens
Personnalité politique plutôt que homme politique
– La féminisation de certains mots (développeuse, cheffe, professeure…)

Ajoutons à cela, entre autre, la fameuse règle de proximité (ou de majorité, au choix).

De nombreux sites comme ecriture-inclusive.fr (ou wikipedia) résument tous ces paradigmes.

Souvent, l’argument pour contrer l’écriture inclusive est de dire qu’elle est lourde ou peu compréhensible. Or, il existe tellement de solutions pour écrire une phrase de manière inclusive que tu peux forcément en trouver une qui te semble lisible. Par exemple, au lieu de « Chers spectateurs, retrouvez nos improvisateurs ce soir », on pourra écrire :

  • Chers spectateurs et chères spectatrices, retrouvez nos improvisateurs et improvisatrices ce soir.
    C’est long, mais c’est lisible.
  • Cher•e•s spectateur•rice•s, retrouvez nos improvisateur•rice•s ce soir
    C’est peut-être moins lisible, mais beaucoup plus court.
  • Cher public, retrouvez nos artistes ce soir
    La même idée, des mots épicènes. Lisible, court, mais nécessite de se creuser un peu la tête.

Et l’on pourrait en trouver plein d’autres !

Chez Caucus, notre choix se porte sur les deux dernières propositions. Nous tentons autant que possible des formules non genrées, mais parfois (pour éviter les répétitions ou parce que nous avons besoin d’un mot spécifique : souvent improvisateur•rice) nous utilisons les points médians. Certes, ils sont moins lisibles, mais :

  1. On s’y habitue très vite. La langue évolue avec les usages. Le langage SMS en est la preuve. « 7 frase é tré lisible alor kel é tte pouri par ex ».
  2. Cela montre explicitement notre choix d’écrire de manière inclusive, ce que la double flexion ne fait pas à notre sens. Le point-médian, c’est le marqueur de notre action.

Mais en vrai, c’est un faux débat, non ?

Si tu penses qu’on s’en fout des droits des femmes, oui.
Si tu penses qu’il y a des combats plus important à mener, alors on te répondra juste qu’il n’y a pas de hiérarchie dans les combats à mener. Ce n’est pas parce que ta voisine/ton voisin est écolo et que tu es animaliste que vous devez vous battre pour savoir qui a le mieux identifié la priorité du moment. En fait, vous pouvez même vous faire grandir mutuellement, voire trouver des connivences.

L’écriture inclusive est tout, sauf un faux débat. C’est une action très peu coûteuse en termes de temps et d’énergie, qui te demande juste de jeter quelques vieilles habitudes à la poubelle. Si tu es un homme, raison de plus pour t’y mettre : ça fait des millénaires qu’on impose aux femmes le patriarcat… Il est temps que ça s’arrête, non ?

Si toutes les associations d’impro emploient l’écriture inclusive, elles envoient un message fort : nous, artistes, sommes uni•e•s pour faire valoir les droits des femmes. Nous considérons les comédiennes au même titre que les comédiens. Il ne s’agit pas de rejeter l’existence de genres multiples (et, d’ailleurs, non binaires), mais simplement de souhaiter l’égalité entre chacun de ces genres.

On sait que l’impro n’est pas le lieu de l’écrit (on préfère, par essence, s’abstenir de texte) mais il faut tout de même se l’avouer : le pouvoir des mots est immense. De fait, valoriser l’égalité dans nos paroles, c’est envoyer un message fort : celui d’un monde plus juste. La prochaine fois que tu écriras sur une affiche, un post Facebook, un article pour ton site internet ou dans le groupe privé de l’association, demande-toi juste : est-ce que je sous-entends encore que le masculin l’emporte sur le féminin ?

 

A tou•te•s nos lecteur•rice•s : luttons ensemble pour une société plus égalitaire !


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