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En Russie, une émission télé va reprendre le concept de la dystopie Hunger Games. En vrai. Des gens vont s’entretuer volontairement, devant les caméras, pour un paquet de pognon. Tout va bien. Sauf qu’en impro aussi on subi l’effet Hunger Games, même si on ne veut pas se l’avouer.

 

La soif de vengeance

Dans Hunger Games, si tu ne tues pas ton voisin, c’est probablement lui qui te tuera. En improvisation, les scènes de combats de coqs ne sont pas si rares que ça non plus. Nombreuses sont les fois où tu entends des phrases comme « reprendre le lead » ou « laisser parler puis sortir une punchline pour reprendre le focus ».

On est dans un rapport à l’autre qui se veut frictionnel. On parle toujours de rencontre, mais la plupart de ces dernières sont faites dans le cadre de match au décorum ultra-compétitif. Les improvisations comparées amènent encore plus de distance avec l’autre équipe : ils viennent de faire une improvisation ultra-drôle et cabotine ? On abandonne notre idée d’enquête policière pour revenir à la dernière minute sur un canevas travaillé en atelier.

Parce que oui, il y a tout un tas de moyens de marquer des points en match d’improvisation. Il y a aussi de nombreux coachs qui enseignent des formes d’improvisations, à ressortir au besoin pour se faire plaisir ou gagner le point. Mais peut-on vraiment parler d’improvisation quand le caucus ressemble à « on fait une impro type gendarme-voleur » ou « on reprend l’idée du verre d’eau qu’on a fait mardi à l’atelier » ?

 

L’ego qui se renforce

Le comédien est complètement soumis à son ego. S’il n’en a pas, il n’ose plus monter sur scène et c’est la fin. S’il en a trop, il devient un monstre assoiffé d’ego qui cherchera à le renforcer encore et encore. Une sorte de bête de scène qui a tellement confiance dans ses capacités que celles des autres ne l’intéressent plus.

Le soucis, c’est qu’en impro on donne tous les moyens aux comédiens de privilégier le « moi moi moi » au profit du nous. Quelques exemples :

  • Les étoiles en match d’improvisation
    On ne peut pas faire pire en terme de mise en avant d’un joueur
  • Le format Maestro
    Ou tout autre format du style qui élimine un joueur ou – de manière plus globale – crée une différenciation entre un joueur et un autre
  • Les comparées solo
    Où un seul joueur va faire gagner toute une équipe et de fait battre le joueur de l’équipe d’en face
  • Les sélections publiées sur les réseaux sociaux
    Qui en gros veulent dire « venez voir notre spectacle parce que dans la sélection cette semaine il y a [prénom du joueur] ».

 

Un système de starification

Partout où il y a guerre d’ego, il y a hiérarchie. Au boulot, il y a le chef et ses subordonnés. En impro, il y a aussi des décideurs.

Imaginons que tu veuilles te professionnaliser. Des pros sont dans la salle le soir où tu joues. Tu perds tous les points, tu rates toutes les impros, notamment parce que tu as assumé tous les risques et que tu as sauvé des collègues dans la panade. Le résultat ? Ta chance d’être recruté dans une troupe pro ce soir-là est infime. A l’inverse, tu rentres en lead, tu tiens toute l’improvisation et chacune de tes interventions fait mouche, tu te feras repérer aussitôt.

On a beau se dire que l’on est des artistes, on ne résiste pas à l’effet entretien d’embauche.

En atelier, c’est pareil. Ceux qui sont en première année dans une troupe sont-ils vraiment traités comme ceux qui ont dix ans d’expérience ? Est-ce qu’ils n’ont pas tendance à considérer les anciens comme des demi-dieux, créant ainsi des stars au sein de la troupe elle-même ?

On est loin de la télé-réalité façon Hunger Games bien sûr, quoi que : sur Youtube, nombreuses sont les vidéos d’improvisations où l’on trouve des Arnaud Tsamere, Eric Métayer, Frédéric Barbusci… Plus important encore, les émissions télé qui ont permis de diffuser le concept du match au Québec ont aussi créé des préférences chez les spectateurs pour un joueur ou un autre.

 

Le koala

Sans te spoiler, dans Hunger Games la révolte a un symbole : l’oiseau moqueur. Chez Caucus, on propose que notre révolte ait pour symbole le koala : attachons-nous aux autres et improvisons avec eux sans chercher la mise en avant, en luttant contre les systèmes compétitifs et en valorisant les joueurs qui débutent. La seule distinction qui devrait éventuellement exister est celle entre professionnel et amateur, quoi qu’elle reste douteuse : la plupart des pros jouent parfois gratuitement…

En gros, notre lutte à nous est assez simple :

  1. Privilégions les formats coopératifs par rapport aux formats compétitifs.
  2. Refusons toute mise en avant d’un joueur par rapport à un autre.
  3. Valorisons d’avantage l’échec et préférons les joueurs qui prennent des risques à ceux qui réussissent leurs impros.

 

Tu rejoins le mouvement koala ?


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