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En improvisation, mis à part quelques rares personnes qui estiment que pour bien improviser il faut ne surtout pas bosser son jeu (heureusement que les musiciens qui font des jam n’ont pas la même opinion), on s’entraine régulièrement. Et, encore une fois, à part quelques rares ligues qui ne proposent qu’un spectacle par an, souvent l’improvisation se pratique de manière mensuelle voir hebdomadaire face à un public. Pourtant, de l’entrainement au spectacle, on ne voit pas les mêmes joueurs, pas les mêmes impros, pas les mêmes comédiens. Pourquoi ?

 

Le public

Bien sûr, quand on pense aux différences entre l’atelier et le spectacle, la première chose qui vient en considération c’est le public. D’un côté, en atelier, on est entre potes : privates jokes à gogo, on est mort de rire quand Fabien fait sa célèbre imitation du canard irlandais et on valide le beau jeu avec toute notre ferveur d’improvisateur passionné.

En spectacle, le public aussi « valide » ce que les joueurs font, et ces derniers se laissent influencer. Le public commence à rire quand tu lèves les bras ? A coup sûr tu vas te mettre à lever les bras toutes les 4 secondes désormais, histoire de générer du rire encore et encore. Mais au final, qui est en train de se faire plaisir ? Le public, qui certes se marre, ou l’improvisateur qui gonfle son ego en voyant qu’il a un impact sur son public ?

C’est déjà un premier point et c’est primordial : il faut donner au public ce dont il a besoin, surtout pas ce qu’il demande. Le public doit être éduqué car on a un objectif artistique et culturel. En lui donnant de la vanne facile, en tombant dans ce qu’il réclame, on l’habitue à la mauvaise soupe et on s’habitue donc soi même en temps que joueur à la servir… Du coup en atelier on fait de belles choses car on est jugé par ses pairs, et en spectacle on se contente de peu !

 

La question de l’efficacité

Il reste une idée très répandue en improvisation théâtrale : le besoin d’efficacité. Pour que le public revienne, on est prêt à accepter tout et n’importe quoi. Or, encore une fois, l’efficacité est l’ennemi de la qualité !

Pourquoi toujours chercher à avoir un bon spectacle ? La peur de perdre le public amène une alternative nettement plus dangereuse : tirer des ficelles pour faire ce que l’on sait bien faire. Pour nous, il existe une règle simple en improvisation et dans le spectacle vivant en général : si c’est toujours un bon spectacle, c’est qu’il n’y a plus de recherche et de prise de risque. Or, on est bien d’accord que le but d’un artiste c’est la recherche, l’amélioration, l’innovation, la création.

Parce que l’impro peut avoir un but plus grand que juste faire rire : dénoncer, passer des messages, faire réfléchir, élever la conscience citoyenne, débattre… On n’arrivera pas à tout ça simplement en se contentant d’utiliser des canevas bossés en atelier. On n’y arrivera pas non plus en refusant le bide, le ridicule, la nullité. Soyons mauvais ! Cultivons l’échec comme Keith Johnstone nous y incite.

 

L’apprentissage

La grosse différence entre l’entrainement et le spectacle reste l’apprentissage. On a souvent une dichotomie : on apprend en atelier, on se fait plaisir en spectacle. QUOI ? Du coup, on a des joueurs qui progressent en atelier, qui suent et qui stressent. De l’autre côté, en spectacle on a des gens détendus, qui réussissent mais qui ne font que jouer leurs personnages refuges et des situations qu’ils connaissent par coeur.

Tu chopes toutes les étoiles à tous les matchs ? Il est temps d’arrêter ! Tu pleures à chaque fin d’atelier car tu te sens nul ? Il est aussi temps d’arrêter.

On peut se dire que tout ça n’est qu’un continuum et que l’entrainement et le spectacle ne font qu’un : la même dose de stress, la même dose d’envie, la même dose d’apprentissage.

L’atelier n’est pas fait pour subir, ne pas s’amuser, travailler sans plaisir. On doit pouvoir apprendre en y prenant plaisir, souffrir avec envie, se dépasser sans pour autant exploser en plein vol. En spectacle ? Pareil !

La constatation est facile à faire lorsque l’on parle d’un spectacle après coup : on débrieffe les improvisations et pas les joueurs. Or, le spectacle est aussi un lieu d’apprentissage pour les comédiens. On est porté par le public, on se révèle souvent en tant que joueur et on devrait utiliser ce moment spécifique pour se dire qui on est vraiment, quelles sont nos forces et nos faiblesses. Dire lors d’un atelier à un joueur ce qui va ou ne va pas dans son approche artistique mais ne rien lui dire après un spectacle est un non-sens : il faut prendre conscience qu’on n’a pas à être un joueur différent en atelier et en spectacle.

Bien sûr, la forme n’est pas la même : l’entrainement est basé sur des exercices, le rythme est lent, on décompose. Le spectacle est rapide, on enchaine les improvisations… Mais le joueur, lui, pourquoi changerait-il ? Pourquoi c’est normal de manquer d’écoute en spectacle, d’avoir une énergie basse, d’être brouillon, cabotin ? Quel intérêt après un spectacle de parler des impros qui sont éphémères, et pas des joueurs qui eux seront encore là la semaine prochaine ? Pourquoi on cherche le beau jeu en atelier mais que finalement, quand on ne voit jamais les fruits du travail en spectacle, « c’est normal » ?

 

Et toi, tu le sens qu’à l’entrainement tu n’es pas le même joueur qu’en spectacle ?


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