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Les festivals d’impro fleurissent dans la francophonie. Mais quid de la parité femmes/hommes ? En 2017, quand on parlait des attitudes sexistes en impro, on pointait du doigt le fait que les femmes étaient sous-représentées dans les festivals d’impro. En 2018, qu’en est-il ?

La parité femmes/hommes en 2018

Commençons par les faits. On ne prend en compte que les workshop, pas les spectacles. Et bien sûr, seulement les intervenant•e•s annoncé•e•s, pas celles et ceux qui auraient pu se rajouter en cours de route ou le jour J. Ces statistiques se basent sur 6 festivals : le WISE, Subito !¡, Shiiink!, Impulsez!, le Lyon Improvfest et le FAIL.

Première constatation : les points d’exclamation ont la côte dans les noms des festivals. Deuxième constatation, nettement moins rigolote : aucun festival n’est purement paritaire. Néanmoins, un festival a plus de femmes que d’hommes dans sa liste d’intervenant•e•s ! Mais bon, un seul

Parité globale femmes-hommes

Au total, ce sont 31 improvisateurs et 17 improvisatrices qui se partagent les workshop de ces festivals. Des chiffres à regarder plus en détail ci-dessous car derrière le chiffre global se cache une disparité femmes/hommes encore plus grande que celle annoncée.

C’est donc l’heure de décerner des prix à chacun de ces festivals !

 

Le WISE, médaille de la plus belle tentative

WISE : parité femmes-hommes

Comme quoi, on peut être le festival avec le plus d’intervenant•e•s et se classer pas trop mal. 8 femmes pour 11 hommes, on n’y est pas encore mais il y a une belle progression qu’on tient à souligner.

Un bémol quand même donc : au WISE, seuls les hommes sont amenés à donner 2 ateliers. Les huit femmes, elles, n’en donnent qu’un seul. Elles sont donc moins représentées au global sur les 23 workshop que sur la liste des intervenant•e•s.

 

Subito!¡, médaille de la pente ascendante

Subito!¡ : parité femmes-hommes

5 femmes, 8 hommes, on peut dire « qu’il y a du mieux » par rapport aux 6 femmes / 15 hommes qu’on avait comptés l’an dernier. Sauf que…

Même constatation que pour le WISE : les hommes proposent plus d’ateliers que les femmes. Et quand on dit « proposent », il est évident qu’on pense en réalité « on leur a proposé ». Ce serait un peu facile que de rejeter la faute sur les intervenantes.

 

Lyon Improvfest, médaille du « on a cherché partout sur le globe on a pas trouvé »

Lyon Improvfest : parité femmes-hommes

Alors qu’il s’agit du festival le plus international de notre panel, le LIF ne parvient pas à trouver dans le monde entier quelques femmes pour obtenir la parité. 4 femmes en 2018 pour 11 hommes.

On n’a pas réussi à retrouver la liste des workshop à l’époque pour faire un comparatif quantitatif et on s’abstient donc de toute conclusion à ce propos pour ce festival.

A noter que la liste des guests de 2019 est déjà sortie : l’an prochain ça ira un peu mieux, mais la parité n’est toujours pas atteinte !

 

Shiiink!, médaille du « les femmes, c’est quoi ? »

Shiiink! : parité femmes-hommes

Bon bon bon. C’est la compagnie du Cachot qui gère ce festival et on est obligé de se demander si les femmes n’y sont effectivement pas enfermées. Bon, tu vas me dire qu’ils font mieux que l’an dernier : il n’y avait aucune femme, là au moins il y a Jeanne Chartier.

Forcément, on ne retrouve AUCUNE femme pour les ateliers initiés. C’est vrai que la Terre manque d’improvisatrices chevronnées, on comprend.

 

Impulsez!, médaille de la descente sans rappel

Impulsez! : parité femmes-hommes

Le festival n’a pas encore eu lieu, donc on peut se dire qu’en dernière minute ils vont ajouter plein d’intervenantes pour combler ce trou béant, mais on y croit moyen. 2 femmes, 8 hommes. 20% de femmes seulement, encore pire que les 22% de l’an dernier.

Et bien sûr, comme il n’y a qu’une personne qui donne deux workshop… C’est un homme (Mark Jane, en l’occurrence).

 

Le FAIL, médaille de celui qui porte mal son nom

Le FAIL : parité femmes-hommes

Petit nouveau, le FAIL botte pourtant le cul des grands sur le domaine de l’égalité femmes-hommes en ayant 2 femmes pour 1 seul homme. On relativise ce chiffre : l’homme intervient deux fois, les femmes non. Ce qui nous fait donc 2 ateliers donnés par un hommes, 2 ateliers donnés par deux femmes différentes.

Hey les autres, vous avez vu ? C’est possible !

 

Conclusion

Alors, on en est où de la parité femmes/hommes en 2018 ? Globalement, on va dans le bon sens. Les festivals qu’on avait pointé du doigt l’an dernier s’améliorent : le WISE et Subito!¡ progressent. Le FAIL, dernier arrivant, nous prouve que c’est possible et offre une lueur d’espoir, un exemple à suivre. Le Lyon Improvfest déçoit un peu : quitte à prendre des gens du monde entier, pourquoi pas autant de femmes que d’hommes ?

Quand à Shiiink! et Impulsez!, on se demande juste si les organisateur•rice•s ont ne serait-ce que réfléchi à la notion de parité ? Le même score : 20% de femmes seulement. Pas juste un déséquilibre, non : une honte.

Reste que malgré notre tentative d’être les plus exhaustifs possibles, il manque un chiffre essentiel pour avoir une réelle visibilité de l’égalité femmes-hommes dans ces festivals : la rémunération.

On constate déjà que les femmes donnent nettement moins de workshop au global et que ces derniers sont destinés aux débutants plutôt qu’aux initiés. On suppose donc que les rémunérations, si elles sont indexées sur le nombre d’interventions ou le public auquel elles s’adressent, sont plus basses pour elles.

 

Le théâtre d’improvisation devrait être un porte-étendard. Non seulement, le milieu de la culture en général doit être le porte-parole d’une société qui demande plus de justice, mais encore plus quand on parle d’impro : prôner la rencontre et l’acceptation de l’autre tout en mettant de côté la parité, c’est un désaveu complet de toutes nos valeurs.

On pourrait attendre de la part des organisateur•rice•s de festival un changement et se reposer la-dessus. On peut aussi leur donner un coup de main. Les hommes peuvent refuser de donner des ateliers dans des festivals non-paritaires (les femmes aussi d’ailleurs). Le public peut refuser de prendre son billet pour un festival qui ne respecte pas ses valeurs. Et surtout, à chacun de partager en masse ces chiffres : parce que les bons élèves méritent d’être plus visibles et les autres doivent être pointés du doigt.

 

Sources :
https://wise-festival.eu/wise-2018
https://www.festival-subito.com/Le-programme-324.html
http://www.echandole.ch/fileadmin/echandole/Printemps_2018/Shiiink/Stages_Inscription_Shiiink2018.pdf
http://impulsez.org/categorie-evenement/workshop/
https://thisislyon.fr/wp-content/uploads/2018/04/lyon-improv-fest-performers-map.jpg
https://www.lalucarnetheatre.com/le-fail-2018-1/programme-workshops/


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