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Quoi de mieux pour apprendre que de s’appuyer sur l’expérience de ses aînés ? On est très heureux de vous proposer une interview exclusive de JiBé Chauvin, qu’on a déjà présenté sur Caucus et qui est un comédien / formateur / improvisateur connu et reconnu !

 

Peut-tu nous présenter rapidement ton parcours ?

A la base, je suis un comédien improvisateur. J’ai commencé l’impro en 1990 dans les Yvelines. En 1993, j’ai participé la création de Déclic Théâtre. Je suis ensuite passé par la LIFI, de 1998 à 2009, puis en parallèle, j’étais aussi à la Ligue de Touraine, de 2000 à 2005. Enfin la Ligue Majeure en 2009.

Je suis également formateur en impro, et c’est même maintenant mon principal métier depuis que j’ai créé Improforma en 2015.

 

Comment on sait qu’on est fait pour être formateur ?

Déjà parce qu’on en a envie. Transmettre, ce n’est pas une évidence, et certains improvisateurs ne se sentent pas de le faire. Maintenant, l’envie ne suffit pas et développer une pédagogie demande du temps, de la formation et une grande capacité à se remettre en question et à chercher.

 

Tu penses quoi des troupes dont les ateliers sont tenus par des joueurs de la troupe elle-même ?

Tout dépend de ce qu’on appelle un « vrai » formateur. Le formateur, c’est avant tout quelqu’un qui cherche, se questionne, doute, avance. Si le formateur débutant est dans cette dynamique c’est bien. Bien sûr, trouver des outils de travail (à Improforma par exemple) c’est important, ainsi que du partage d’expérience. Mais le pire c’est le formateur qui a une « vérité » et qui l’enseigne comme tel : « je vais vous expliquer comment on improvise ».

 

Tu es aussi joueur et tu as gagné le mondial d’impro. Qu’est-ce que tu as ressenti ?

J’ai gagné deux fois le mondial, la même année, en 2006. A Nantes et à Montréal. « Mondial », c’est un terme un peu galvaudé maintenant, parce qu’il y a un mondial par mois ou presque. Celui qu’on a gagné en 2006 avec l’équipe de France avait un intérêt majeur, c’est que c’était un processus. À l’époque, dans les ligues professionnelles, on ne rentrait pas en équipe de France parce qu’on était pote avec le sélectionneur. Il y avait une vraie sélection, des stages d’entrainement, des rencontres de préparation. Du coup, ça renforçait l’esprit d’équipe, et quand tu te retrouve en finale avec l’équipe avec qui tu te prépares depuis plus d’un an, c’est énorme au niveau des émotions.

 

Comment on rejoint l’équipe de France d’impro ?

L’équipe de France telle que je l’ai connue n’existe plus parce que le réseau des ligues professionnelles n’existe plus. La Ligue majeure a reconstitué une équipe en 2015 pour la coupe du monde qu’elle organisait, mais avec en grande partie des anciens joueurs. Au niveau des amateurs, il y a eu à une époque une équipe de France aussi.

 

Quels conseils donnerais-tu aux futurs comédiens professionnels ?

Je conseille vivement aux comédiens qui veulent se professionnaliser de ne pas faire que de l’impro. L’impro ça doit se nourrir de pleins de choses et s’ouvrir au théâtre, au cinéma, à la formation. C’est essentiel pour compléter son art.

 

On s’appelle Caucus.fr, alors forcément… Tu penses quoi du caucus ?

Ça ne sert à rien. En fait ça ne sert pas à ce qu’on croit. Le caucus, c’est le moment où l’équipe se soude. D’ailleurs c’est intéressant de noter que c’est le seul moment privé du match. À part les joueurs, personne ne sait ce qui se dit dans le caucus. La vraie fonction du caucus, plus que de donner des idées, c’est de porter le joueur qui va entrer dans la patinoire. L’équipe accompagne, valorise, encourage le joueur qui entre en jeu.

 

As-tu souvenir d’une impro marquante en tant que joueur ?

Une impro solo jouée en suisse en 2006. Le thème était « Gardien du désert ». Je me suis planté au milieu de la patinoire, lance à la main, et je n’ai pas bougé pendant 3mn. J’avais envie de (me) prouver que le vide n’existe pas en impro, et le faire sur le thème du désert était parlant. La réaction du public était intéressante : l’attente s’est transformée en gêne puis en fou rire. Bon, mais c’est le genre d’impro qu’on ne peut faire qu’une fois.

 

Le silence en impro, c’est donc possible ?

C’est un sujet qui me tient à coeur. La parole, c’est le bras armé du cerveau, et le cerveau, c’est le faux ami de l’improvisateur. Parce que le cerveau agit en amont et en aval de l’action. Il réfléchit avant et analyse après. En gros il est déconnecté de l’instant présent. Quand on parle trop, c’est qu’on réfléchit trop, et donc qu’on empêche le corps et le coeur de s’exprimer. En gros, on s’empêche d’agir et de ressentir. Mais c’est un réflexe naturel, c’est la peur du vide. Ce que l’improvisateur doit comprendre c’est que le silence est plein de sens aussi. Ce n’est pas parce que je parle pas que je ne vis plus.

 

Tu es à l’origine de la création du site matchimpro.info. Pourquoi cette envie ?

L’envie est venue d’un constat : c’est qu’en impro, à l’époque, il n’y avait pas de littérature, surtout sur le match. Et il n’y avait rien qui expliquait comment ça marche. Donc la première idée était d’écrire un livre sur le match d’improvisation. Puis devant la difficulté d’éditer, c’est devenu un site. Maintenant, le livre existe (depuis 2015) et le site (qui gagnerait à être sérieusement rénové) devra avoir petit à petit une autre fonction.

 

Encore un autre projet : ImproFrance. On peut en savoir un peu plus ?

ImproFrance est un projet qui a, je l’avoue, un peu de mal à émerger. L’idée de base c’est de créer un Centre National de l’improvisation théâtrale en France. Le projet repose sur 4 piliers : ça se veut être à la fois un centre de ressources, un centre de recherche, un centre de formation et un centre de rencontres. Pour le moment, Improfrance est l’éditeur du livre « le match d’improvisation théâtrale » et nous travaillons sur un projet d’« assises de l’impro ».

 

Est-ce que tu peux nous parler de ta rencontre avec Papy ?

Papy [NDLR : Alain Degois] m’a donné mon premier cours d’impro en 1990. Ce qui est drôle, c’est que lui comme moi, on s’en souvient comme si c’était hier. Mais notre collaboration a vraiment commencé en 1992. J’entendais Papy dire sans arrêt : « il faudrait qu’on créé une compagnie qui s’appellerait Déclic Théâtre ». Puis un jour, je suis arrivé avec les statuts, et ça a démarré.

 

Connais-tu un joueur ou une joueuse qui mériterait qu’on parle plus de lui/elle ?

La joueuse la plus complète, la plus drôle, la plus folle, et qui est en pleine forme en ce moment, c’est Cécile Giroud. Son comparse de scène Yann Stotz est assez exceptionnel aussi. Ce qui est drôle c’est qu’il ne vient pas de l’impro. Dés qu’on lui a proposé de venir improviser avec nous dans Versus, il a été comme un poisson dans l’eau. A ce jour, c’est le seul joueur invaincu.

 

Tu as une actualité dont tu veux nous parler ?

L’actu, c’est Improforma : premier organisme de formation de formateurs en impro, que j’ai donc créé en 2015 avec Papy. Le but, c’est de former les futurs formateurs qui interviendront notamment vers les jeunes publics. Avec cet organisme, nous essayons de rentrer par la grande porte de la formation professionnelle et nous poussons auprès des institutions pour que l’impro soit reconnue et valorisée comme outil pédagogique.

 

Merci beaucoup à JiBé Chauvin de nous avoir offert de son temps et ses réponses sincères. Bonne continuation dans tous tes projets ! Et bien sûr à découvrir : Improforma, la formation en improvisation théâtrale.


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