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Vous connaissez probablement Mathieu parce qu’on a déjà parlé de lui sur Caucus et que c’est un joueur extrêmement talentueux qui improvise dans la ligue la plus connue au monde : la LNI. Nous avons eu la chance de pouvoir faire cette interview exclusive de Mathieu Lepage. A lire sans plus tarder !

 

En quelques mots, peut-tu résumer ta carrière d’improvisateur ?

J’ai commencé l’improvisation à l’âge de 15 ans lorsque qu’un conseiller à la vie étudiante trouvait que mon ami (Vincent Dargis) et moi devions faire des sketchs sur scène, plutôt que partout dans les corridors de l’école. Depuis, c’est devenu une drogue. J’ai le parcours assez traditionnel des joueurs d’improvisation québécois de la région de Montréal. Pendant mes études en Arts et lettres au Cégep, j’ai joué avec les équipes d’improvisation du Collège Lionel-Groulx 1999-2001 (j’avais entre 17 et 19 ans), un fleuron de l’improvisation collégial. C’est là que j’ai tout appris et surtout, c’est à cette époque que j’ai découvert le groupe Cinplass, qui reste aujourd’hui encore la meilleure troupe d’improvisation que j’ai vu à travers le monde.

J’ai ensuite déménagé dans la ville de Québec où j’ai intégré la LUI (Ligue Universitaire d’Improvisation) de 2002 à 2004, l’endroit qui m’a mis en confiance avec son public nombreux et son ambiance de spectacle rock. Je suis revenu ensuite à Montréal pour commencer mes études de théâtre où j’ai joué à LicUQÀM et à la Limonade en 2005. J’ai pris une pause de 2 ans pour me concentrer sur mes études de comédien. Après cette pause bénéfique, je suis entré comme substitut dans la LIM et la LNI. En 2008, j’ai gagné le mondial d’impro.

 

En plus d’être joueur, tu coach ?

Oui, je suis retourné coaché au Collège Lionel-Groulx. La tradition du Collège est très importante pour moi. Il y avait une rigueur dans l’enseignement de l’improvisation théâtrale qui prônait le jeu d’équipe, l’écriture d’une histoire et la vérité dans le jeu que je voulais continuer de transmettre. J’ai fais ça quelques années, avant de me sentir trop vieux pour dormir dans des classes d’écoles durant les week-end de tournois.

J’ai coaché ensuite à plusieurs reprises dans différents événements et je donne souvent des formations dans les écoles et dans les entreprises comme formateur de la LNI.

 

Le meilleur conseil que tu pourrais donner aux improvisateurs pour progresser ?

En voir et en faire le plus possible. Tu apprends en regardant des improvisateurs plus expérimentés et tu t’améliores en essayant de refaire ce que tu as vu lorsque tu joues en spectacle. L’improvisation, c’est de l’observation, de l’écoute et de la confiance. Sois curieux, cultive-toi et observe les comportements humains autour de toi. La rue est souvent remplie de personnage.

 

Pour toi, c’est quoi l’impro ?

C’est la création à l’état brute, c’est un banc d’essai pour tester des personnages, des situations, des flashs… C’est devenu une habitude de comédien maintenant, ça me garde toujours en état de création et en état de jeu ; ce qui fait que même si je ne joue pas au théâtre ou à la télévision pendant un petit bout de temps, je reste allumé et éveillé. C’est un entrainement très efficace.

 

Ton meilleur souvenir d’impro ?

Je ne pourrais pas parler d’une impro en particulier, mais je me rappelle deux moments qui ont marqué ma vie d’improvisateur.

D’abord, la première fois qu’on m’a dit que je serais payé pour aller faire de l’impro en Europe. Voyager pour faire de l’improvisation à travers la francophonie est sûrement le plus beau cadeau qu’un improvisateur puisse avoir.

Le second, c’est mon premier match à la LNI où j’avais eu une 3ème étoile. Je jouais avec mes idoles que je voyais à la télévision, dans la plus ancienne et la plus prestigieuse ligue d’improvisation au monde et en plus on me décernait une étoile. Arrivé chez moi, j’ai versé une larme de fierté.

 

Et forcément… Le pire ?

En demie-finale de la Coupe universitaire d’improvisation en 2004, la LUI contre la LIcUQÀM à Moncton. Dernière improvisation du match, il y a égalité. Une comparée d’un joueur par équipe, je dis à mon capitaine que j’ai une excellente idée, qu’on allait avoir le point, que c’était sûr. J’y suis allé : c’était tellement mal exécuté que personne n’a rien compris et en plus mon impro parlait d’inceste… Ça a mis un gros malaise dans la foule. Le joueur de la LicUQÀM (Patrick Dupuis) a joué un gars qui attendait l’autobus pendant 2 minutes et a gagné l’impro avec la totalité des votes. On a été éliminé.

 

En caucus tu es comment toi ?

Je déteste les caucus. Surtout en mixte, je ne les comprends pas. De nombreuses personnes apprécient le fait que ce soit la rencontre de deux univers qui se rejoignent. Moi, je préfère que ce soit deux acteurs qui commencent dans le même univers et qu’ils aillent au bout de celui-ci. J’aime les caucus en comparée, quand mes amis ont des idées de génies ; sinon, j’aime l’impro complètement libre où on part de rien pour créer. Je ne suis pas quelqu’un qui donne beaucoup d’idées en caucus.

J’aime les idées simples et claires, quand on a pas d’idée magique. Ma force, c’est d’utiliser les 5 dernières secondes pour faire une mise en scène de départ qui va se démarquer. Une impro qui commence bien, s’il elle est faite par de bons joueurs ne fait que s’améliorer. Les débuts d’impros sont tellement importants. Je déteste quand je ne sais pas ce qui se passe après 30 secondes.

 

Question formats, tu es plutôt match traditionnel ou autre chose ?

Si tu m’avais posé la question il y 5 ans, je t’aurais dit : « J’en peux plus des matchs ». Mais maintenant j’aime vraiment les deux de manière égale. En fait, j’ai besoin des deux. L’improvisation est un art d’essai, j’aime avoir des concepts qui me laissent totalement libre de m’exprimer, mais de temps à autre avoir des règles ça t’oblige à préciser ton art, à affiner tes aptitudes et surtout à constamment te réinventer. Je vais continuer à faire des matchs tant et aussi longtemps que je n’aurais pas compris ce jeu. Ça fait 18 ans que je le pratique et je pense que je n’en connais même pas le dixième.

 

L’impro, c’est aussi beaucoup de hors-scènes, avec qui fait-on les meilleurs after ?

La LIM est ma gang d’amis, alors je dirais que c’est avec eux que j’ai le plus de plaisir. Par contre, j’ai fais beaucoup de tournée en Europe et j’ai des ligues coups de coeur : l’ADIV de Poitiers, l’Aline de Niort, mais le mieux c’est les Mondial. Tu rassembles les gens les plus cons de la francophonie et tu fais la fête avec eux pendant une fin de semaine, ce sont des moments inoubliables. J’ai en tête le mondial de la FRIT au Havre en 2004 et tous les Open de la LUI à Québec où il y avait des équipes européennes.

 

Parlons improvisateur… Qui devrait à tout prix avoir sa fiche sur Caucus ?

Je dirais Vincent Dargis (CIA, Cravates, Punch Club…). C’est avec lui que j’ai commencé à faire de l’improvisation et il reste à ce jour le joueur qui me fait le plus rire. On est des joueurs complètement différents et on se complète à merveille. J’ai eu la chance de faire un spectacle avec lui en duo où l’on improvisait 90 minutes sans arrêt avec un musicien et ça été une expérience incroyable.

Je crois qu’il n’a jamais joué en Europe, mais demandez au Québec à n’importe quel improvisateur : « quel est le joueur d’improvisation que vous aimez le plus voir jouer ? », ils vont vous répondre Vincent Dargis. Il est drôle, mais excessivement drôle. Pour moi, la surprise est une grande qualité pour un improvisateur et lui, tu ne sais jamais où il va t’amener et ce qu’il va dire et c’est pourquoi c’est si amusant de jouer avec lui. Tu n’es jamais en zone de confort.

 

Toi qui as joué en France et au Québec, tu vois des différences ?

Oh oui, beaucoup. Premièrement, nous n’avons pas du tout le même sens de l’humour. On se rejoint à quelques endroits, mais en général, ce ne sont pas les mêmes choses qui nous font rire.

Nous sommes très influencés par la culture américaine et notre humour se rapproche de celui des américains et des anglais. Nous aimons le comique de situation joué dans une interprétation réaliste. En France, il y a une culture de la bande dessinée, du pastiche et de la caricature qui est très présente. Il y a aussi votre force à utiliser la langue française : vous avez plus de vocabulaire que nous et ça se sent dans les improvisations rimées, poétiques ou dans des « à la manière » d’auteurs classiques.

Par contre, le style de jeu commence à s’uniformiser grâce à la mondialisation, car nous avons tous les mêmes références. Il y a 10 ans, personne en France ne savait qui était les Louis CK, Larry David, Tina Fey et autres maîtres de l’improvisation américains. Maintenant, on regarde les même séries à la télévision, les mêmes humoristes… C’est dommage, car je me rappelle l’époque où l’on pouvait dire : les québécois jouent du comique de situation, les belges de la BD, les suisses de la caricature, les français des pastiches et des jeux de mots, les italiens du corporel… Maintenant, il y a des restants de ça, mais le jeu s’uniformise.

 

Où est-ce qu’on peut te voir jouer bientôt ?

En improvisation, jusqu’au mois de juin, je serai de la troupe des bleus de la LIM tous les dimanches au Lion d’Or à Montréal. Nous débutons la 39e saison de la LNI le 6 février prochain, je serai avec les Verts pour une 4e année consécutive.

Je serai en tournée de matchs d’improvisation en France avec la LIQA (Ligue d’Improvisation Québécoise Annuelle) du 5 au 23 mai prochain avec entre autre une série de 4 spectacles avec Hero Corp (http://www.letrianon.fr/event/hero-corp-vs-montreal/).

À la télévision, je commence le tournage de la deuxième saison de Marche à l’ombre, une excellente série qui se passe dans le milieu des maisons de transition. Réalisé par l’excellent Francis Leclerc.

Au cinéma, je fais partis de la distribution du prochain long métrage d’Anne Émond, Nelly, qui relate de manière poétique la vie de l’auteure Nelly Arcan. Le film sortira en salle au Québec et en France dès l’été 2016.

 
Merci beaucoup à Mathieu Lepage pour le temps très précieux qu’il nous a accordé pour cet entretien exclusif. Si vous avez la chance d’être au Québec, n’hésitez pas à aller le voir avec la LIM ou la LNI. Si vous êtes en France, réservez votre mois de mai. Et si vous êtes ailleurs, allumez la télévision ou attendez Nelly en VOD.


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