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Un article exceptionnel pour la rédaction de Caucus car il nous est offert par Julien Gigault, auteur d’Improconcept et co-créateur du célèbre blog Impro-Bretagne. Il nous livre sa pensée qu’on te fait parvenir avec enthousiasme car on ne saurait être plus en accord avec ce qu’il écrit.

 

Du Kasàlà à Shakespeare, de l’intime au sublime

Ce qui manquerait à l’improvisation théâtrale c’est la sensation d’authenticité. Cette onde bouleversante, nous avons encore beaucoup de mal à l’appréhender. Non pas la “dramatique” – l’autre versant de nos blagues, que nous aimons à noircir pour mieux nous satisfaire d’un pathos dégoulinant – non ! un état où nous serions beaux, fiers et sensibles à la fois. La fragilité, nous la connaissons en entrant sur scène mais rares sont ceux qui osent dire qu’improviser c’est perturbant. Nous nous enduisons volontiers d’une bonne couche de superficialité pour ne surtout pas être atteint par ce que nous vivons. L’improvisation ça doit aller vite, ça doit être fun, ça doit être impeccablement clinquant.

Etre touchant, sans sortir ses Stabilos pour surligner le mots “mièvrerie” en 7 couleurs, est accessible à tous, à condition de s’engager à être honnête sur scène. Et là, ça peut coincer… Être honnête sur scène reviendrait à désavouer le serment du “jeu”, pourtant nous composons dans l’instant avec ce nous traversons. Il n’y a alors qu’une seule question à se poser : est-ce que cela sert le spectacle ? Ecoutons le public, il connaît en grande partie la réponse. Il saura apprécier le moment où s’accordent son attente et notre volonté. Qu’il faut être arrogant pour affirmer : ici, je suis capable de tout maitriser dans l’instant. L’auditoire est partie prenante des créations. Il n’y a pas de cadeau sans quelqu’un pour le recevoir.

Quel plus beau cadeau faire au public que de l’inviter à apprécier l’écoute de notre intimité ? En Afrique sub-saharienne se pratique une forme d’expression, le Kasàlà ou l’art de l’auto-célébration. Dans les grandes lignes, il s’agit de déclamer un texte écrit par ses soins, lu ou mémorisé, le regard droit. Ce texte fait l’éloge de sa propre personne ou de quelqu’un d’autre, il entremêle plusieurs phrases de forme poétique, métaphorique, philosophique, humoristique… Il affirme haut et fort que nous sommes vivants, il appelle à l’émerveillement et dit la nécessité de se laisser surprendre pour se révéler.

La première fois que j’ai lu des Kasàlà j’ai eu l’impression de boire à la même source que celle qui remplit les œuvres shakespeariennes. La beauté féroce des mots, l’intime enchevêtrement des images ont été comme une révélation. Nous avons perdu cette simplicité de crier ce que nous sommes. La vérité pour l’artiste est une quête permanente. Comment accéder à ce “mentir-vrai” si l’on ne travaille pas avec sa propre authenticité ? Heureusement de telles pratiques ne sont pas perdues. Heureusement que dans nos costumes puants, sous cette lumière criarde nous sommes aussi vérité et émotion.

Si travailler le Kasàlà pour l’utiliser en improvisation théâtrale t’intéresse, rends-toi à cette adresse :
http://www.improconcept.com/stages-improvisation/

 

Un Kasàlà parmi tant d’autres

Je suis une tortue à l’écorce énorme carapace tortueuse exposée à ces vents de trop de protections agressives
Je suis la rescapée de trop de tempêtes folles
De trop de marées vagues et cultures brassées.
Entre ces deux foulées, jamais je ne mourrai en ces pistes terrestres de capricorne ancré.
Lenteur à fleur de peau
A l’unisson des autres,
Le temps ne me prendra de vitesse absolue.
J’ai à faire encore des silences touffus, imaginaire sans bornes dans un chaos maîtrisé
J’ai mille lieux encore à parcourir
Avant de reprendre les rennes d’un galop effréné
Je suis la folle alliée des voyages sacrés

M.N. Vanderlinden


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